Intérêt Général Organisation 100% bénévole et non lucrative au service de la sécurité publique en Thiérache
🎫 Participer à nos Actions 💳 Devenir Bénévolat 🌿 Notre Mission
Bulletin d'Ingénierie Routière Bénévole • Publication Trimestrielle

Corridors biologiques forestiers et prévention des collisions avec la faune sauvage

Les massifs forestiers de Saint-Michel, Regnaval et Hirson abritent une riche faune de grands mammifères dont les traversées nocturnes constituent un péril majeur pour les usagers de la route. Synthèse technique de nos observations de terrain.

Auteur : Observatoire Faune & Sécurité Routière Date d'édition : 18 Octobre 2024 Réf : TSM-TEC-2024-03
Partenariat Écologique
Écologie Locale

Le massif de Saint-Michel et les voies migratoires du gibier

La Thiérache forme une transition biogéographique remarquable entre les plaines agricoles du bassin parisien et les contreforts boisés du massif ardennais. Avec plus de 15 000 hectares de forêts domaniales et communales (forêts de Saint-Michel, d'Hirson et du Regnaval), notre territoire accueille l'une des plus fortes densités de grand gibier du quart nord-est de la France.

Chevreuils (Capreolus capreolus), cerfs élaphes (Cervus elaphus) et sangliers d'Europe (Sus scrofa) empruntent quotidiennement des couloirs ancestraux de déplacement pour rejoindre leurs zones de nourrissage nocturne dans les prairies bocagères ou les cultures céréalières.

Ces coulées biologiques coupent perpendiculairement plusieurs axes routiers structurants, notamment la RD 1043 reliant Hirson à Charleville-Mézières, la RD 3050 et la route forestière de Bucilly, multipliant les probabilités d'impact cinétique brutal.

Panneau d'avertissement passage de grand gibier en forêt domaniale de Saint-Michel

Physiologie visuelle animale et phénomène de sidération par les phares

Contrairement à une croyance répandue chez les conducteurs novices, un animal sauvage surpris sur la chaussée par les feux d'une moto ou d'une automobile ne prend pas systématiquement la fuite vers le sous-bois :

Les yeux des ongulés possèdent une couche réfléchissante située derrière la rétine (le tapetum lucidum), qui amplifie la moindre clarté lunaire pour leur permettre de voir dans l'obscurité quasi totale. Lorsqu'un faisceau lumineux d'optique à LED ou xénon balaie subitement leurs pupilles dilatées, la saturation lumineuse est instantanée et aveuglante.

L'animal entre alors dans un état de sidération catatonique : tétanisé par la perte soudaine de ses repères visuels spatiaux, il s'immobilise au milieu de la voie de circulation. Dans d'autres cas, pris de panique incohérente, il peut charger directement vers la source lumineuse qu'il perçoit comme une issue ouverte dans la nuit.

Fenêtres Temporelles

Les créneaux horaires et périodes saisonnières à haut risque

L'analyse des statistiques d'interventions de nos bénévoles révèle une concentration aiguë des collisions sur des plages horaires prévisibles.

L'Aube et le Crépuscule

05h00 - 07h30 • 18h00 - 22h00

Ces deux fenêtres correspondent aux déplacements nourriciers des hardes entre le couvert des sous-bois et les clairières, précisément aux heures de forte circulation des navetteurs pendulaires.

La Période du Brame du Cerf

Mi-septembre à fin octobre

L'agitation territoriale des grands cerfs mâles les rend totalement indifférents au trafic routier. Ils traversent les routes nationales et départementales sans aucune précaution auditive ou visuelle.

La Règle de la Harde (« L'Animal Suivant »)

Règle d'or de survie

Un animal sauvage ne traverse presque jamais seul. Si un premier chevreuil bondit devant vous et traverse la chaussée, pilez immédiatement : un second, voire une harde complète de trois ou quatre bêtes suit dans les cinq secondes suivantes.

Conduite Défensive

Que faire face à un obstacle faunique inévitable ?

Le réflexe viscéral de tout conducteur est de tenter un coup de guidon brusque pour contourner l'animal à la dernière fraction de seconde. En moto, cette réaction réflexe est hélas la cause principale des accidents mortels en milieu forestier.

Tenter d'éviter un sanglier par un changement de cap précipité entraîne presque systématiquement la sortie de route vers le fossé, la percussion d'un arbre d'alignement ou le fauchage d'une buse en béton, avec un bilan corporel infiniment plus grave que l'impact direct avec l'animal.

La doctrine enseignée dans nos ateliers de pilotage sécuritaire repose sur trois commandements : maintenir la moto rigoureusement verticale, freiner de toutes ses forces en ligne droite en regardant l'horizon (et non l'animal), et relâcher la pression de freinage l'infime seconde précédant le contact pour délester la fourche et favoriser le franchissement.

Transmettre un relevé de passage de gibier
Briefing de sécurité associatif sur la lecture des bas-côtés forestiers et les traces d'animaux
Action Territoriale

Notre partenariat avec les acteurs cynégétiques et l'OFB

Plutôt que d'opposer usagers de la route et protecteurs de la biodiversité, notre association collabore avec les agents de l'Office Français de la Biodiversité et la Fédération des Chasseurs de l'Aisne.

1. Cartographie partagée des points noirs d'accidents

Grâce aux relevés terrain collectés par nos motards lors des sorties d'encadrement, nous alimentons une base de données collaborative identifiant les corridors les plus exposés. Cette cartographie a permis l'expérimentation de balises réflectrices bleues et de réflecteurs olfactifs dissuasifs sur plusieurs sections de la RD 1043.

Ces dispositifs ont déjà permis une réduction mesurée de 35 % des collisions nocturnes sur les secteurs testés.

2. Débroussaillement préventif des accotements

En concertation avec l'Office National des Forêts (ONF), nous préconisons l'élargissement des banquettes de visibilité en lisière de forêt. En maintenant les herbes fauchées sur une bande de dix mètres de part et d'autre de la chaussée, les conducteurs gagnent deux précieuses secondes de temps de réaction visuelle pour anticiper la sortie d'un animal.

Une seconde de plus à 70 km/h représente près de 20 mètres de distance d'arrêt épargnée.

3. Protocole administratif et indemnisation FGAO après collision

En cas de collision effective avec un grand mammifère sauvage sans tiers responsable identifié, les usagers doivent immédiatement sécuriser les lieux (gilet jaune et triangle) et faire constater le sinistre par la Gendarmerie Nationale ou les agents de l'ONF avant tout enlèvement de la carcasse.

Ce constat officiel est indispensable pour constituer votre dossier auprès du Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires de dommages (FGAO), qui peut indemniser les préjudices corporels et matériels conformément aux dispositions du Code des Assurances lorsque le contrat ne comporte pas de garantie tous accidents. Même en l'absence de blessure apparente, une consultation médicale immédiate aux urgences de l'hôpital d'Hirson est vivement recommandée pour détecter d'éventuels traumatismes internes différés.